Il paraît que la confiance est le moteur de la croissance

A l’observation des mécanismes et comportements adoptés dans les sphères politiques, économiques et sociales, la part dévolue à contrôler, surveiller, gérer les risques, se protéger, dépasse de plus en plus celle consacrée à progresser, croître, encourager, entreprendre…

L’essentiel des ressources financières, technologiques et humaines sont aujourd’hui consacrées à la construction de murs constitués de lois, règlements, procédures, etc. ayant pour but d’empêcher le virus nommé risque d’atteindre et contaminer le corps de chaque échelon hiérarchique au sein de la société.

Le processus bientôt généralisé est de :

  • Devoir rédiger un accord-contrat précisant les modalités convenues entre les parties, même si les personnes ont confiance entre elles, la parole donnée ne pouvant provenir que d’un marginal inconscient (une à deux pages)
  • Soumettre le contrat au service juridique afin de le faire valider, ledit juriste devant envisager toutes les situations terribles pouvant survenir afin de compléter cette ébauche de contrat en une thèse de doctorat prévoyant tout, et surtout le protégeant d’un blâme ou pire s’il devait avoir oublié un risque potentiel qui malheureusement se produirait (de 2 à 8 pages)
  • Le supérieur du juriste fait alors relire ledit contrat par un tiers afin qu’il le complète de sa « valeur ajoutée », lui offrant ainsi un rempart supplémentaire en cas de problèmes, ce tiers devant lui-même éviter d’être attaqué en cas de manquement de sa part (de 8 à 12 pages)
  • Le chef du service juridique peut alors le relire afin de l’avaliser avec une relative sérénité envers sa Direction, tout en restant attentif à l’évolution du déroulement de ce dossier (3 classeurs fédéraux de contrats en cours)
  • La Direction qui demande à son Chief Risk Officer d’y apposer son paraphe et de le transmettre à la cellule chargée de la surveillance des risques, prouvant ainsi qu’elle a agi avec diligence, se protégeant de l’Autorité de Surveillance de sa profession en minimisant sa responsabilité au cas où un problème devait tout de même survenir       (1 service – 5 collaborateurs – un logiciel informatique dédié …)
  • L’Autorité de Surveillance qui …

Sur cent contrats, deux ou trois vont certainement présenter des problèmes à résoudre. Cependant, la peur de devoir en subir les conséquences fait qu’il est devenu commun de contraindre l’entier de la société à se plier à des mesures fondées sur la méfiance.

S’il est vrai que la confiance est le moteur de la croissance, nul besoin d’idéologie pour générer la décroissance, notre épidémie de méfiance s’en charge déjà.